HypnoSexo, le site de l'Hypnose et de la Sexologie

La Revue des Praticiens en Hypnose et Sexologie, dirigée par Joëlle Mignot

Hypnose, inceste et ancêtres. Clothilde Lalanne



INTRODUCTION

Hypnose et inceste : quels liens vous demandez-vous peut-être ? Liens de pouvoir sur un corps, sur un esprit ? Trop simple. Insuffisant. Freud s’est intéressé à l’hypnose peu de temps. Elle a été un des éléments induisant le « laisser venir » et les associations. Elle était à son époque considérée comme une prise de pouvoir sur le patient, alors que ce dernier garde sa liberté d’être « en hypnose » ou pas, c’est son travail sur l’hypnose qui l’a amené à… la psychanalyse, c’est-à-dire à la relation transférentielle. Jung, par contre, l’utilisa dans de nombreux cas. Il y renonça, ne comprenant pas ce qui s’était déroulé et craignant les récidives des symptômes disparus. Malgré son scepticisme du départ, il reconnut de nombreuses guérisons grâce à la thérapie et l’hypnose, ce que nous appelons aujourd’hui l’hypnoanalyse ou l’hypnothérapie.

Nous allons essayer de comprendre ensemble les interactions possibles entre hypnose et inceste. Comment l’hypnose peut être active pour s’approprier à
nouveau son corps, pour que l’esprit redevienne pilote en son véhicule, qu’il reprenne le gouvernail. Comment sortir de se sentir coupable d’être victime. Quelles conséquences sur la structure familiale actuelle, et ses liens possibles avec les générations précédentes au-delà du non-dit du secret de famille inavouable. Quelles zones d’ombre en héritage se sont réveillées ? Quelques cas de ma clinique nous y aideront.


DISSOCIATION HYPNOTIQUE

Nous connaissons tous ces attitudes quotidiennes qui sont simplement des mises en autohypnose naturelles. Le corps, par sa mémoire, avance, traverse, prend l’itinéraire pour aller d’une pièce à une autre, au travail ou dans tout itinéraire répétitif, pendant que notre esprit revit soit le temps du passé – la mémoire –, soit le temps du futur – l’anticipation. Seul notre corps est dans le temps « du moment ». Lorsque notreesprit habitera à nouveau notre corps, le temps sera « ici, maintenant », soit le présent, moment du « je », j’existe, j’habite le temps. Les automatismes n’impliquent pas la présence de l’esprit : il peut s’en émanciper, « faire sans y penser ». Hegel, dans sa leçon d’esthétique, parle de l’esprit qui s’affranchit de la matière. Le somnambulisme ne correspondrait-il pas à ce que peut le corps indépendamment de l’esprit ?

Ces réflexions nous font associer sur la dissociation qui se produit chez l’incestué : présent dans la scène mais absent de lui-même. C’est une protection instinctive contre la destruction psychique. Le ton de la voix, les regards, les gestes, le lieu, les odeurs, les bruits participent à cette mise en état d’hypnose. S’il y a répétition de l’agression, la victime va se dissocier immédiatement. Il y aura eu de puissants ancrages, l’emprise est donc établie, comme une anesthésie, la proie est paralysée. C’est ce mécanisme qui adulte va rendre l’incestuée fragilisée face à des pervers, à des grands manipulateurs, sectes ou « gourou ». Si lui-même a des caractéristiques perverses, alors c’est lui qui agira ainsi, d’autant plus sur l’autre plus tard. Si dans le courant de la vie l’enfant, l’adulte côtoie un des ancrages, il se dissocie immédiatement. Il arrive ainsi fréquemment que la victime s’en veuille, car elle s’imagine être l’initiatrice de l’agression sexuelle. D’où honte, culpabilité, colère déportée contre elle-même.


INCESTE ET SÉQUELLES

Il est vrai que l’acte incestueux présente des formes très diverses, variées, complexes. Il peut être hétérosexuel ou homosexuel, avec des agresseurs d’âge
identique ou beaucoup plus âgés. N’oublions pas que les climats incestueux sont également très fréquents et dévastateurs : les parents qui ne protègent
pas l’enfant du bruit de leurs ébats sexuels, le rendant de ce fait partenaire de leur sexualité, complice ; les regards érotisant la relation parent-enfant, ou beauparent- enfant ; l’ambiguïté de certains gestes, des mains qui frôlent, des baisers trop appuyés, mêmes les baisers de certains parents ou familiaux sur la bouche de l’enfant sont des climats délétères. « Oh ! me disait une patiente, mon grandpère me le faisait déjà, alors je pensais que c’était naturel et que je pouvaisdonc agir ainsi avec mes enfants. » Lorsqu’elle comprit le geste incestueux, elle s’est arrêtée, ne voulant pas perpétuer l’inceste familial dont elle était une des victimes.

Racamier donne cette définition de l’incestuel : « C’est ce qui dans la vie psychique individuelle et familiale porte l’empreinte de l’inceste non fantasmé, sans qu’en soient nécessairement accomplies les formes génitales. » N’oublions pas que l’inceste est interdit et puni par la loi. Ce message est à rappeler même si ce n’est pas le thème de ce chapitre. Trop de victimes en portent de sérieuses séquelles dont la gravité peut les entraîner à détruire leur propre vie. Il est donc nécessaire de ne pas esquisser les attitudes, regards, gestes lourds de sous-entendus et équivoques, créant des climats incestueux, pesants, provoquant des traces psychiques très destructrices. Qui d’entre nous n’a pas rencontré de tels cas dans nos cabinets ? Des patients évoquant des atmosphères floues, étranges, malsaines, sans qu’ils puissent raconter un fait précis comme s’il n’y avait pas de limites ressenties. Implicite violence ! Les conséquences sont
lourdes pour la victime. Nous retrouvons cette musique d’attitude chez certains parents qui utilisent leur enfant pour combler leur vide ou leur ennui. Ainsi
l’adolescent, le jeune, a des difficultés à « partir » sans peur de chez lui, son départ pouvant provoquer une souffrance de rupture du lien chez la mère le plus souvent, ou le père. « Quitter les bras, les complicités parentales pour être heureux ailleurs ? » Mais si le parent ne l’a jamais verbalisé... comment en avoir le droit ?

Une jeune patiente de 22 ans, fille unique, aînée d’une fratrie de cinq enfants, racontait que son père exigeait qu’elle prenne son bain dans l’eau qu’il avait utilisée et qu’il lui laissait rien que pour elle ! « Les frères prennent des douches, par souci d’économie », disait-il. De plus en plus mal à l’aise, un jour elle proposa de prendre le bain la première. Son père exprima avec colère l’ingratitude qu’elle témoignait à ne pas reconnaître l’honneur qu’il lui faisait en partageant ce lien si personnel. Depuis, elle peut seulement prendre des douches, absolument pas dupe de ce qui se vit en elle. Elle ne venait pas en consultation pour cela… mais ayant récemment emménagé en Corse, au bord d’un petit étang dans lequel il était possible de se baigner, sa demande était de faire de l’hypnose : elle désirait pouvoir se reposer, se détendre dans l’eau, tranquillement, même en faisant« la planche comme son mari et leurs amis ». Elle en était incapable : prise d’angoisse, elle nageait le plus vite possible pour rejoindre la terre ferme et se calmer.

Quelques moqueries discrètes de son entourage l’accompagnaient. Nous avons commencé par des séances d’hypnose durant lesquelles elle laissait venir et
ressentir des souvenirs joyeux, récents, avec ses enfants. Ce fut à partir de ce travail-là que lors d’une séance elle retrouva des sensations corporelles agréables, dans un paysage ensoleillé, inconnu, de bord de mer. Un poste de radio égrenait à ses oreilles les notes de musique d’une berceuse que lui fredonnait sa mère. Son bien-être fut tel qu’elle voulut goûter la douceur de cette eau étrangement calme et s’y baigna paisiblement. Sortant de cette expérience, elle se lève et me dit : « Ça y est ! J’accepte les sensations sécurisantes de l’eau. » Effectivement, les cartes de Corse qu’elle m’adresse le confirment.

L’HYPNOSE ET SES EFFETS CURATIFS

Nous savons bien que l’hypnose est une mise en relation, et en grec « thérapeute» veut dire « serviteur ». C’est la qualité de ce qui se passe dans notre relation avec le patient qui est thérapeutique. Le patient a besoin de se sentir reconnu : nous entendons sa douleur, nous la cueillons, il le sent, le sait, le comprend. Nous ne prenons pas son mal, il lui appartient ; d’autant qu’il peut avoir besoin de sa douleur quelque temps pour remplir son vide de connu.
« L’abstinence thérapeutique » est une expression qui ne signifie pas ne rien faire, mais ne pas avoir de projet sur l’autre, ne pas croire que nos idées, nos réflexions sont les meilleures pour sa vie. C’est à lui de l’inventer, de la créer. Notre travail consiste à l’aider à retrouver toute sa sensorialité, l’harmonie avec de ses cinq sens en leur redonnant vie afin qu’il trouve ce qui lui est spécifique.

Dans l’inceste, le corps de l’enfant est devenu objet, sa pensée est hypnotisée. La parole est tue le plus souvent. Jung nous dit bien que « la véritable thérapie
ne commence qu’une fois examinée l’histoire personnelle, c’est-à-dire le secret qui a brisé le patient ». Dans les situations d’inceste, nous nous trouvons
fréquemment face au secret, à la honte, à la peur, à la colère qui n’a pas le droit de s’exprimer contre le parent, l’ami, l’intime des parents, les voisins proches, la famille qui se tait. Comment faire pour ne pas courir le risque d’être moins aimé ou plus du tout ? Là encore, chaque cas est particulier. Les relations humaines sont une immense complexité et reconnaître la spécificité de chacune permet au patient-victime de se sentir respecté dans ce qu’il est. Ressenti fondamental pour qu’il puisse « oser être », « oser inventer », créer lui-même sa propre destinée.

Ce qui provoque le changement est dans le « voir autrement ». Lorsque je dis à un patient de changer de lunettes, il comprend tout de suite de quoi je parle.
Ainsi le système installé ne peut plus être le même. En hypnose, le corps se souvient de toutes ses émotions : les odeurs reviennent, les sons résonnent à
nouveau, les images même métaphoriques se laissent voir. Alors l’être peut utiliser les compétences qu’il possède pour puiser en sa force intérieure. Le processus thérapeutique peu à peu opère.


Joëlle Mignot
Joëlle Mignot est psychologue clinicienne spécialisée en sexologie clinique et en hypnose... En savoir plus sur cet auteur


Rédigé le Mardi 16 Septembre 2014 à 11:27 | Lu 684 fois modifié le Vendredi 10 Octobre 2014

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