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Grégory ou la force de l'arbre. Sylvie Sevin



Grégory m’est adressé par son urologue, pour dysfonctions érectiles traitées depuis trois mois par Cialis 20 mg à la demande. Ce nouveau patient est un homme de stature imposante mais à la démarche un peu hésitante. Il est très souriant, mais paraît perdu et gêné…


LA DEMANDE

A peine installé, il me dit qu’il repousse cette démarche depuis déjà six mois, qu’ila besoin de parler, mais c’est surtout la rencontre fortuite d’une ancienne patiente très satisfaite du travail fait ensemble avec des séances d’hypnose, qui l’a enfin décidé à venir consulter. Il espère que cette approche pourra l’aider… La demande de l’outil thérapeutique est donc dans ce cas claire dès le début, même si Grégory rajoute qu’il me fait confiance sur la façon dont je déciderai de travailler pourvu que « ça s’améliore un peu » et qu’il puisse arriver à avoir une sexualité normale sans médicaments.

HISTOIRE CLINIQUE

Grégory a 36 ans, il est ébéniste à trois-quarts temps depuis quinze ans dans une petite structure et n’a jamais vécu en couple ni eu d’histoire amoureuse jusqu’il y a huit mois. Il me demande si j’ai remarqué qu’il avait un certain handicap, qui pour lui était incompatible avec des rencontres amoureuses. Il est le petit dernier d’une famille de trois garçons. Ses parents sont mariés depuis quarante-cinq ans, famille au fonctionnement classique, les deux parents travaillent. Il décrit une mère un peu autoritaire et un père vu comme une force de la nature mais plus discret. Son enfance est tranquille un peu chouchouté par ses parents et chahuté par ses frères. C’est un garçon timide, gentil, à la scolarité sans histoire, il aime surtout le sport, l’athlétisme et partage avec son père le goût pour la nature et les grandes marches. A part les réflexions de ses frères ados, la sexualité n’est pas abordée dans son éducation et Grégory s’intéresse peu aux filles. L’année de ses 17 ans, des troubles moteurs entraînent des examens médicaux et une SEP est diagnostiquée. C’est un choc terrible pour ce jeune homme et toute sa famille qui le verra comme un « handicapé ». Grégory trop perturbé arrête ses études, ce qui l’isole des copains de son âge, et fait une dépression pour laquelle il sera suivi pendant deux ans. Il arrivera à rebondir et reprendra un cursus scolaire différent en apprenant l’ébénisterie, métier qui l’apaise beaucoup. Il habite chez ses parents, sa mère a arrêté de travailler pour s’occuper de lui, il sort peu, lit et rêve beaucoup de voyages.

Lors du mariage d’un cousin, il a rencontré une jeune femme ingénieur de 28 ans, Anne, pour qui il a eu le « coup de foudre ». Par chance, Anne a été aussi séduite par ce bel homme particulier, sérieux, gentil et libre, comme elle me le décrira plus tard lors d’une consultation. Ils se fréquentent depuis, il est fou amoureux, mais a beaucoup de difficultés à avoir une érection ou à la maintenir. Grâce aux traitements, ils ont pu avoir quelques rapports mais cela reste compliqué et Grégory est paralysé par la peur de l’échec et la déception que son amie pourrait ressentir, bien que celle-ci ne cesse de le rassurer et semble beaucoup plus sereine et confiante. Il m’explique avec encore beaucoup d’émotion que dès l’annonce de sa maladie, il s’est interdit de s’intéresser aux filles, disant qu’il ne se marierait jamais ne pouvant imposer son « handicap » à une femme. Cette interdiction reviendra régulièrement dans nos entretiens : « Je n’ai pas le droit… »

A 31 ans, étouffé par ses parents et boosté par ses frères, il décide de prendre un appartement et de se débrouiller seul. Il y parvient avec une discipline de vie
assez stricte, il est de plus hospitalisé une fois par mois pour son traitement. Il a quelques copains et s’entend bien avec tout le monde, mais ne s’autorise pas à sortir ni à rencontrer des femmes. Sexuellement, il s’est peu masturbé et ne regarde pas de films pornos, il a apparemment étouffé tout éveil sexuel en lui avec une sévérité importante. D’après les médecins qui le suivent sa pathologie n’empêche pas une vie sexuelle harmonieuse, mais Grégory n’entend pas ce message positif. Il rêve d’une vie de couple mais s’interdit la possibilité de ce bonheur, pour lui « je n’ai pas le choix », jusqu’à la rencontre d’Anne, qui va tout remettre en question. Dès qu’il parle de son amie, il est submergé par l’émotion, pleurant facilement. Il l’appelle « mon miracle », vit dans l’angoisse de perdre ce bonheur, ne comprenant pas comment elle peut l’aimer. Anne est son premier et grand amour, tellement idolâtré qu’il en perd tous ses moyens.

Anne, qui accompagnera deux fois son ami, est une jeune femme très sympathique souriante, plutôt extravertie. Elle se remet doucement d’une rupture difficile, douloureuse après deux ans de vie commune dans laquelle elle se sentait mal traitée. Elle est l’aînée d’une famille de trois enfants, indépendante, mais se dit méfiante envers les hommes même si elle aimerait se marier et avoir des enfants pas trop tard. On peut imaginer que le profil et la différence de Grégory ont été des atouts qui l’ont séduite. La maladie de Grégory a été évoquée dès leur première rencontre, mais n’a pas effrayé cette jeune femme énergique. Elle sera très vite d’une grande aide pour son ami, sans pour autant prendre un rôle d’infirmière, au contraire elle aura tendance à le secouer et ne supportera pas que quiconque le traite comme un handicapé. Anne est amoureuse et ne voit pas pourquoi leur couple ne pourrait s’épanouir sexuellement,
privilégiant la sensualité et la complicité à la performance. Bien que peu inquiète car elle comprend bien que les blocages sont d’ordre plus psychologique, et
ne sachant comment aider son ami, elle a assez vite initié la démarche sexuelle et aura un rôle déterminant dans l’évolution du couple.

CHOIX DES PISTES CLINIQUES

La demande thérapeutique en hypnose m’apparaît bien adaptée à ce patient pour pouvoir faire évoluer sa représentation corporelle, apporter des changements et des comportements différents et surtout positifs par rapport à son identité et sa virilité. Grégory possède une force intérieure et une volonté d’évoluer importante ainsi qu’une imagination et des images mentales riches et variées. Il faudra l’amener à lever cette interdiction au bonheur dans l’altérité, à s’autoriser le droit à la sexualité, à accepter le droit au plaisir sexuel. Il sera plus difficile de le rassurer sur une amélioration durable, Grégory reste traumatisé par le risque constant d’un choc qui ferait basculer sa vie, stress post-traumatique de l’annonce de sa pathologie. Il se protège, ne veut pas croire à son bonheur de peur de le perdre un jour. J’associerai cette approche hypnotique à un travail sur « la saine agressivité », afin qu’il puisse combattre sa trop grande émotivité obstacle pour pouvoir aller vers les autres, trouver une vraie place dans la société, et entrer en contact avec les femmes, donc avec Anne.

APPROCHE THÉRAPEUTIQUE ET APPLICATION HYPNOTIQUE

L’approche thérapeutique sera multiple, psychologique, systémique, d’où la présence d’Anne à quelques séances, comportementale, et essentiellement hypnotique, le seul but étant l’aide pour le patient.




Rédigé le Vendredi 4 Avril 2014 à 15:55 | Lu 436 fois modifié le Lundi 7 Avril 2014

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