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La Revue des Praticiens en Hypnose et Sexologie, dirigée par Joëlle Mignot

Vie affective et sexuelle de la personne âgée en institution: un travail auprès du personnel soignant



Par Virginie Gasc
Psychologue clinicienne et gérontopsychologue, j’exerce depuis plusieurs années en maisons de retraite médicalisées appelées aussi EHPAD (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).
En plus d’un travail auprès de la personne accueillie, j’interviens auprès des équipes soignantes autour de difficultés rencontrées dans la prise en charge des résidents.


Vie affective et sexuelle de la personne âgée en institution: un travail auprès du personnel soignant
Une collectivité, comme un EHPAD, est un lieu social par excellence donc un lieu stimulant, un lieu de rencontre, un lieu d’échange, en un mot : un lieu paradoxal de désir. En institution, il y a potentiellement beaucoup de partenaires, de tous âges. Les pensées et l’imaginaire se développent, le désir s’aiguise, les couples se forment. Parfois une gêne, tant de la part des résident(e)s que du personnel, s’installe vis-à-vis de ces rapprochements donnant lieu à des attitudes de rejet, à des séparations prétextant la protection des résidents. Bon nombre de représentations naissent chez chacun et alimentent les attitudes de compréhension ou d’opposition. Les besoins sexuels des résidents placent donc le personnel et l’administration dans une position délicate. D’un côté, ils doivent protéger les résidents contre les maltraitances sexuelles, en particulier ceux dont les capacités de défense ou de jugement sont diminuées du fait de l’altération des fonctions cognitives. D’autre part, l’accent est mis, de plus en plus, sur le droit des personnes à établir des relations avec les autres, y compris des relations amoureuses voire intimes, ou sexuelles. 
Comment trouver le juste milieu ?
Mon expérience professionnelle, tant dans le domaine de la gériatrie que dans celui de la sexologie, m’a permis de proposer une formation spécifique pour la prise en compte de la vie affective et sexuelle de la personne âgée en institution. Le travail proposé auprès du personnel est axé sur trois registres : un savoir (connaissances), un savoir-faire (pratique) et un savoir-être (attitudes), la trilogie de Katz (1974).

Un savoir : des connaissances indispensables pour une prise en compte de la vie affective et sexuelle en maison de retraite

Après avoir évalué les connaissances générales que les soignants ont sur la sexualité des hommes et des femmes, les croyances, ce qu’ils considèrent « bien » ou « mal » dans l’exercice de la sexualité... Les représentations sont repérées, les systèmes de valeurs sont questionnés et constituent la base du travail cognitif proposé durant cette formation. Des connaissances sur la fonctionnalité sexuelle seront apportées ainsi que des textes régissant l’accompagnement de la vie affective et sexuelle de la personne âgée en institution.
 

1. La fonctionnalité sexuelle

Je m’appuie sur le modèle de l’approche sexocorporelle créée par Jean-Yves Desjardins pour aborder les composantes de la fonctionnalité sexuelle basées sur un modèle de santé. Ainsi, l’excitation sexuelle sera le sujet incontournable à aborder et d’autres items importants comme le désir sexuel, plaisir sexuel et sentiment amoureux sont abordés. Cette liste n’est, bien évidemment, pas exhaustive.
  1. L’excitation sexuelle
Le personnel soignant rapporte régulièrement des situations au cours desquelles les aides-soignant(e)s sont témoins de survenues d’érections pendant la toilette. Certaines aides-soignantes seront indifférentes, peut-être même amusées par la situation alors que d’autres vont être choquées, allant même se sentir des victimes de ce réflexe de vasocongestion. Soyons clair, la plupart du personnel soignant ignore que l’érection est avant tout un réflexe. Pour eux, elle est souvent signe de désir, apprendre que c’est un réflexe dédramatise bien des situations.
Cette information constitue donc un apport intéressant (voire essentiel) pour les soignants. Ainsi, la survenue d’une érection n’est plus considérée comme une menace, une aberration associée à l’image d’un homme pervers ou lubrique, mais comme une réaction physiologique.

Virginie GASC
Psychologue, Gérontopsychologue clinicienne en EHPAD. Hautes-Pyrénées.
Psychothérapeute, Sexologue clinicienne et Sexothérapeute. Tarbes et Pau.
Formatrice à la prise en compte de la vie affective et sexuelle en institution.
Chargée de cours au DIU de Sexologie à l’Université de Toulouse III.
Secrétaire du CIFRES (Centre international de formation et de recherche en sexualité)
Membre de l’AIUS. Membre de l’ASCLIF.




Rédigé le Vendredi 30 Septembre 2016 à 12:05 | Lu 171 fois modifié le Vendredi 30 Septembre 2016

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